Conseil

Le rôle de la lecture quand on écrit

 

Je m'étonne de constater que souvent, lecture et écriture ne vont pas de pair. Bien sûr, on peut être un grand lecteur et ne pas ressentir l'envie et le besoin d'écrire, mais l'inverse, écrire sans lire, me paraît assez surprenant. Pour moi, c'est indispensable de lire, quand on écrit. En-dehors des projets d'écriture, mais aussi pendant. Sans parler de quantité ou de qualité, lire de manière régulière est primordiale. Quand j'étais étudiante (les années « faciles » hors concours ;)), je tenais à jour une liste et lisais en moyenne dix livres par mois (incluant mes lectures fac et mes lectures plaisir). Aujourd'hui, je ne compte plus, et j'ai moins de temps, mais dois en lire entre deux et quatre. En général dans mon bilan mensuel, il y a un « gros » livre que je prends le temps de lire, et quelques lectures légères et relaxantes, où j'en ai toujours au moins une en cours.

 

Se forger une culture littéraire

 

Quand on aspire à devenir écrivain, je pense humblement qu'il faut avoir lu les classiques et les grands auteurs (du moins un certain nombre), rien que par respect des grands noms de la littérature où l'on souhaite se faire une (toute petite) place et pour sa propre culture littéraire. Après, on n'est pas obligé d'adorer Maupassant et Shakespeare, ni d'emporter Balzac à la plage bien sûr, mais en avoir fait l'expérience, c'est bien. Il faudrait également lire des romans contemporains, des nouveautés, et malgré vos préférences, ne pas rechigner à varier les genres (dit celle qui ne lit jamais de polars malgré les conseils ;))

Tout cela vous permettra de vous forger une culture littéraire, savoir ce qui s'est fait dans le passé, se fait actuellement... Être un lecteur assidu et curieux, tout simplement.

 

Améliorer son style

 

Le fait de lire, a priori n'importe quoi qui ait été officiellement publié (et donc critiqué et corrigé par un éditeur) est une véritable nourriture pour l'écrivain. C'est bien connu, les personnes qui parlent et écrivent le mieux, qui ne font pas de fautes, ne se répètent pas et ont un vocabulaire étendu, sont celles qui lisent. Car à force de lire, on maîtrise la grammaire sans même avoir à réfléchir aux règles, on étoffe son lexique, on exprime ses idées avec plus de naturel et même de beauté. Et une fois qu'on passe à l'écrit, c'est beaucoup plus facile de laisser les mots sortir et, par la suite, de trouver son propre style.

 

Lire le genre qu'on écrit

 

Alors, bien sûr, il vous faut surtout lire des romans dans le genre de ce que vous écrivez. Ce dernier point tombe sous le sens puisqu'en général, on aime écrire ce qu'on aime lire. Il est bon d'avoir un et même plusieurs maîtres d'écriture, et ne pas hésiter à découvrir de nouveaux auteurs, de nouveaux sous-genres...

Cela vous permettra d'être familier des traditions et des « règles » de votre genre de prédilection (que ce soit pour les suivre avec originalité, subtilement les briser ou les recréer à votre façon), des ficelles et même des clichés, pour les connaître et les détourner, ou les exploiter à votre sauce. Et être plus à même, ainsi, de créer quelque chose qui soit à la fois fidèle aux codes d'usage attendus (et qui vous plaisent à vous avant tout bien sûr) mais qui soit également original, nouveau, proposant un angle jusqu'alors inexploité.

 

Développer son imagination

 

Au-delà de tous les bienfaits de la lecture déjà cités, il est indéniable que, là où la télévision impose des images et abrutit le spectateur, la lecture, elle, nécessite au lecteur d'être actif et imaginatif. Elle développe donc l'imagination et, automatiquement, l'inspiration. L'imagination étant le super-pouvoir de l'écrivain, il faut considérer la lecture comme une nourriture la stimulant.

Bien sûr, le rôle premier des romans est de divertir et faire rêver le lecteur, de lui faire passer un bon moment, au-delà de ce qu'il recherche : apprendre, voyager, avoir peur, élucider des mystères, éprouver de grandes émotions sentimentales ou épiques... Et en plus, comme cela stimule l'imagination, c'est aussi une bonne façon de contrer la panne d'inspiration. Quand j'ai une petite « crise de la page blanche » ou que j'ai fait une overdose d'écriture, en guise de pause, en général je lis. Et une fois reposée, cela me redonne les clés pour m'y remettre... Magique !

 

Assumer ce qu'on lit

 

Ce qui m'énerve profondément, c'est cette manie prétentieuse de vouloir lire et faire lire exclusivement des « grands auteurs », des « grands romans », qu'ils soient classiques ou contemporains, le genre de romans très bien écrits, au style littéraire irréprochable, avec une histoire profonde, pleine de symbolisme, de fines critiques du monde, qu'on étudie à l'école et qui rendent intelligent. Vous voyez de quoi je parle ? Je ne nie pas l'importance de connaître ce genre de chefs-d'oeuvres, il m'arrive encore d'en lire (parfois pendant les vacances pour rattraper ce que je n'ai pas voulu lire au lycée quand j'y étais alors obligée ;)), mais de là à mépriser le reste, je dis non !

Je tombe trop régulièrement sur des gens qui confient avoir lu tel ou tel livre en se sentant obligés de se justifier « On me l'a prêté », « Je n'avais plus rien à lire », « C'était juste pour voir. » ou sur des articles de blogs littéraires se permettant de faire des « tops » des pires livres qu'on avoue avoir lus ! Certains genres, notamment la romance et la fantasy, sont trop souvent victimes de ce type d'injustices. Quand j'y pense, même Harry Potter était critiqué à l'époque pour cela, et avec le recul, c'est devenu un classique du genre, c'est d'une ironie ! J'avoue et assume totalement lire régulièrement des « romans de gare » pour citer le terme le moins irrespectueux, avoir cédé à la mode des 50 shades of Grey, After, Hunger Games, Twilight et autres, que tout le monde critique mais que tout le monde lit quand même. Je n'ai pas tout aimé, mais je ne permets pas d'émettre des jugements et à les classer dans la catégorie de « mauvaise littérature ». Si mauvaise littérature il y a, généralement, les maisons d'éditions ne prennent pas le risque de la publier, ou en tout cas, cela ne se vend pas. Alors on peut qualifier ce genre de livres de tout ce qu'on veut, en attendant, ils marchent, sont ré-édités, font parler d'eux, sont même adaptés au cinéma, et surtout, ils plaisent et font rêver des lecteurs. Alors pourquoi les enfoncer à tout prix ?

Et entre nous, le pire « roman de gare » sera toujours plus intelligent à prendre que la plupart des émissions de divertissement actuelles, n'est-ce pas ?

 

En bref, lisez. Variez vos lectures. Parlez-en. Faites lire vos enfants. Donnez aux livres une place importante de votre quotidien.

 

Et vous, êtes-vous un grand lecteur ? Quels genres de livres lisez-vous ? À quel point trouvez-vous la lecture importante quand on écrit ?