Afin de patienter jusqu'à la sortie d'Autre jour, autre endroit qui paraitra le 20 novembre 2017 aux éditions Gloriana, voici en toute exclusivité et en accord avec mon éditeur, un petit extrait.

Bonne lecture et à vos commentaires ! :)

 

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- Anytime. I'm an expert in weird exotic drinks. Next time try one of these mugs of ice coffee, you'd like it.1

 

La tirade laissa Valentine muette. Elle se rendit alors compte des limites de son anglais et se sentit frustrée. Tandis que le jeune homme semblait attendre une réponse, elle se rendit :

 

Sorry, my English is bad.

- En anglais, on dirait plutôt « poor ».

 

Il avait prononcé cette phrase sans la moindre trace d'accent. Ouvrant grand les yeux, Valentine fut déstabilisée mais se reprit vite.

 

Vous auriez pu me parler en français dès le début !

- J'ai bien compris que l'anglais n'était pas votre langue maternelle, mais je ne pouvais pas deviner que vous étiez Français.

- Ça ne s'entendait pas ?

- Non.

 

Valentine eut une lueur d'espoir. Sa prononciation n'était peut-être pas si catastrophique ?

 

- Vraiment ?

- Non, je plaisante. Vous avez un accent à couper au couteau.

 

La jeune femme se renfrogna et croqua rageusement dans le petit biscuit accompagnant sa boisson.

 

- Ne vous vexez pas, c'est une question de pratique.

- Quand on dit que les Français ne sont pas doués pour les langues étrangères... marmonna-t-elle. Ça me déprime de voir des exceptions comme vous.

- Je ne suis pas Français.

 

Valentine décida alors de deviner son origine. Après tout, ils se trouvaient dans un aéroport international. Elle choisit de partir du plus exotique.

 

- Tahiti ?

- Techniquement, c'est en France.

- Québec ?

- Tabarnouche3 ! Non.

- Suisse ?

- Plus au nord, moins montagneux.

- Belgique ?

- La liste s'épuisait. Bravo quand même.

 

Valentine sourit. Sa façon de parler entre dérision et civilité l'amusait. Mais elle n'allait pas rester sans répartie :

 

- Donc, un Belge qui parle anglais dans un aéroport français tout en buvant une boisson indienne et en lisant un journal espagnol...

- C'est un trois sur cinq ! Le tea chai latte est d'inspiration indienne, mais est né dans les chaînes de coffee shop américaines, et c'est un journal italien.

- Ah... J'ai tout de même la moyenne ! fanfaronna Valentine.

 

Il ricana en secouant la tête, temporairement battu.

 

- J'avoue. C'est juste une idée, mais pourquoi ne pas ne pas déguster nos boissons indo-américaines à la même table ? Non pas que ça me dérange de révéler mes diverses ethnies à tout le café, mais tout de même...

- Comme invitation, on a fait plus romantique, le taquina Valentine. Vous pouvez faire mieux.

- Sorry, my romantism is poor...4

- I'm sure it's not.5

 

Impossible de savoir qui de Valentine ou de son interlocuteur fut le plus surpris d'entendre une phrase correcte, et idiomatique en plus, sortir de sa bouche. Le jeune homme lui adressa un sourire mi-impressionné, mi-amusé.

 

- Rien que pour ça, je vous en offre un autre.

- À défaut de romantisme, un cadeau me va très bien aussi, accepta-t-elle en prenant ses affaires. Bon, je laisse mon anglais à ma table, par contre.

- L'anglais ne me dérange pas, mais sans le vouvoiement, ce sera mieux.

 

Après quelques nouveaux échanges de cette joute verbale d'esprit bon enfant, attablés face à face devant deux nouvelles boissons, ils en virent aux présentations.

Valentine. Anthony.

 

 

Extrait du chapitre 1 du roman Autre jour, autre endroit, Melissa Scanu (éditions Gloriana, 2017)

 

1 « Pas de problème, je suis un connaisseur en boissons exotiques bizarres. La prochaine fois, essayez l'un de ces cafés glacés, ça devrait vous plaire. »

2 « Désolée, mon anglais est mauvais. »

3 Juron québécois, version atténuée de « tabarnak ».

4 « Désolé, mon romantisme est limité. »

5 « Je suis certaine que non. »